18 ans, 30 ans, 40 ans, à la retraite… Difficile de s'y retrouver quand chaque source semble défendre un âge « idéal » différent pour ouvrir un Plan d'épargne retraite. En réalité, la question du bon moment ne se résume pas à un chiffre : elle dépend d'un arbitrage entre l'horizon de placement dont vous disposez et votre niveau d'imposition, deux logiques qui ne pointent pas toujours dans la même direction. Chez Groupe Hueber Assurances, nos experts constatent au quotidien que cette hésitation freine plus d'ouvertures qu'elle n'en éclaire, d'où l'intérêt de remettre les choses à plat.
Dans cet article, on fait le point sur ce que dit vraiment la loi (âge minimum, absence de plafond d'âge, cas particulier des PER d'entreprise), sur les moments de vie qui rendent l'ouverture d'un PER pertinente, et surtout sur la question trop souvent oubliée : combien verser pour que ce placement soit réellement efficace, sans se caler aveuglément sur le plafond de déduction fiscale.
Existe-t-il un âge légal pour ouvrir un PER ?
Vous devez avoir au minimum 18 ans pour ouvrir un PER, mais il n’y a pas d’âge légal maximum.
Âge minimum : 18 ans depuis le 1ᵉʳ janvier 2024
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, il faut avoir 18 ans pour ouvrir un PER individuel (PERIN). Avant cette date, un parent pouvait ouvrir et alimenter un PER au nom de son enfant mineur. La loi de finances pour 2024 a supprimé cette possibilité, dans un objectif affiché de limiter l'optimisation fiscale via ce produit.
Les PER déjà ouverts au nom d'un mineur avant le 1ᵉʳ janvier 2024 restent ouverts, mais ne peuvent plus recevoir de versements volontaires tant que le titulaire n'a pas 18 ans, et un cas de déblocage anticipé spécifique aux mineurs existe désormais.
Cette règle vaut pour le PER individuel. Les PER d'entreprise (collectif/obligatoire) ne sont pas concernés de la même façon puisqu'ils sont liés à un contrat de travail.
Pas d'âge maximum légal, mais des limites fixées par les assureurs
Aucun texte ne fixe d'âge maximum pour ouvrir un PER : rien n'empêche, en théorie, d'en ouvrir un à un âge avancé.
En pratique, ce sont les organismes (banques, assureurs) qui fixent leur propre limite contractuelle à la souscription, généralement resserrée entre 60 et 68 ans selon les établissements. Ouvrir un PER sur le tard reste donc possible et peut avoir un intérêt fiscal ou successoral.
Cas particulier des PER d'entreprise (collectif/obligatoire)
Le PER d'entreprise collectif (PERECO) et le PER d'entreprise obligatoire (PERO) ne sont pas soumis à la même logique d'âge : leur ouverture est liée à l'embauche du salarié, pas à une démarche individuelle de souscription. Un salarié mineur peut donc théoriquement se voir ouvrir un PERECO/PERO par son employeur (l'interdiction des versements volontaires ne concerne que le PER individuel).
Deux logiques s'opposent : ouvrir tôt ou ouvrir au bon moment fiscal
Vous pouvez choisir d’ouvrir votre PER le plus tôt possible, pour épargner par petits montants mais sur le très long terme, ou l’ouvrir quand cela fait le plus de sens au vu de votre niveau d’imposition.
La logique du temps long : plus d'années pour lisser l'effort d'épargne
Le PER étant un placement bloqué jusqu'à la retraite, plus l'horizon de placement est long, plus il est facile de constituer un capital donné avec un effort mensuel ou annuel réduit, c'est un simple effet de lissage dans le temps, il peut donc être intéressant pour vous de l’ouvrir le plus tôt possible.
De plus, l’horizon étendu du PER vous donne la possibilité d'adapter votre stratégie d'investissement dans le temps, par exemple avec des supports dynamiques en début de vie du contrat puis une sécurisation progressive à l'approche de la retraite.
La logique fiscale : un TMI plus élevé en milieu de carrière rend la déduction plus rentable
Rappelons-le, les versements que vous effectuez sur votre PER sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Cet avantage fiscal est donc proportionnel à votre niveau d’imposition : un même versement fait économiser plus d’impôt si vous êtes taxé à 41% que si vous êtes taxés à 11%.
Or le TMI a tendance à augmenter avec la progression de carrière et des revenus, et en règle générale, on considère que le PER devient intéressant à partir de TMI supérieures à 30%. Ce milieu de carrière pourrait donc constituer le moment où la déduction liée au PER devient la plus rentable.
Comment arbitrer selon votre situation personnelle
Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas d’âge idéal universel pour ouvrir un PER : vous devez faire un choix en prenant en compte votre horizon de placement disponible et l’écart que vous anticipez entre votre TMI actuel et votre TMI à la retraite.
Si vos revenus sont encore modestes et votre TMI est faible, l’avantage fiscal immédiat que vous retirerez en investissant sur un PER est limité, mais l’horizon long reste un atout à considérer. Dans cette situation, choisissez d’attendre encore avant d’ouvrir un PER, ou bien ouvrez-le et investissez uniquement de petites sommes.
Si votre niveau d’imposition est déjà élevé à l’heure actuelle (TMI de 30% ou plus), vous avez un avantage fiscal instantané et significatif à ouvrir un PER, quel que soit l’horizon d’épargne considéré. Si vous anticipez une hausse de revenus à moyen terme, vous avez également l’option d’ouvrir le PER dans la logique d’horizon long, sans vous engager à effectuer des versements tant que votre TMI n’est pas encore intéressant.
Les moments de vie qui rendent l'ouverture d’un PER pertinente
Certains moments de votre vie peuvent être particulièrement indiqués pour considérer l’ouverture d’un PER : quand vous devenez propriétaire, que vous êtes nouvellement imposé sur une tranche plus haute, ou encore quand vous maximisez vos autres produits d’épargne.
Devenir propriétaire
Si vous avez un projet immobilier en cours, l’essentiel de votre capacité d’épargne est mobilisé pour vous constituer un apport : ce n’est donc généralement pas le bon moment pour bloquer ces fonds sur un PER. Une fois que vous devenez propriétaire de votre résidence principale, vous libérez cet effort d’épargne, et vous pouvez alors le rediriger naturellement vers votre épargne retraite et un PER.
À noter : le PER n'empêche pas un projet immobilier futur, puisque l'achat de la résidence principale fait partie des cas de déblocage anticipé, mais ce n'est qu'une soupape de sécurité, pas une stratégie d'épargne à privilégier pour financer un apport : les sommes déduites à l'entrée sont alors imposées à la sortie, et d'autres supports plus liquides restent mieux adaptés à un horizon court.
Vous franchissez une tranche d'imposition supérieure
Vous avez eu une promotion ou une envolée de votre activité indépendante qui vous a fait passer dans la tranche marginale supérieure de TMI ? Félicitations ! C’est également le bon moment pour ouvrir un PER : chaque euro que vous verserez dessus sera fiscalement plus rentable qu’avant. En règle générale, plus votre TMI est élevé, plus il devient intéressant d’investir dans un PER.
Plafonds des livrets réglementés atteints
Si votre épargne est actuellement placée dans un livret A, un LDDS ou encore un LEP, sachez que ces produits sont plafonnés en versements et offrent un taux encadré, réglementé par l’État. Si vous atteignez ces plafonds, vous pouvez alors vous tourner vers un PER, qui lui ne comporte pas de plafond de versement (seul l’avantage fiscal de déductibilité est plafonné). De plus, son rendement sera potentiellement supérieur puisque l’épargne du PER est investie sur les marchés, en contrepartie d’un risque de perte en capital.
Combien verser pour que le PER soit vraiment efficace ?
L’avantage fiscal que vous retirez en versant sur votre PER réside dans la déductibilité, qui est plafonnée. Néanmoins, ce plafond ne constitue pas toujours le montant le plus rentable à investir pour vous.
Quel est le plafond de déduction fiscale sur mon PER ?
Les versements volontaires sur un PER sont déductibles de votre revenu imposable, mais dans une limite annuelle propre à chaque foyer fiscal. Ce plafond n'est pas un montant fixe identique pour tous, il dépend de vos revenus professionnels de l'année précédente.
Le plafond retenu est le plus élevé entre deux montants : 10 % de vos revenus professionnels de l'année précédente (dans une limite haute liée au PASS), ou un montant plancher fixe si vos revenus sont modestes (10 % du PASS). Même sans revenus élevés, vous gardez toujours un plancher de déduction possible.
Sachez qu’il est possible de mutualiser ce plafond au sein d'un couple marié/pacsé soumis à imposition commune, vous pouvez alors reporter votre plafond non utilisé sur votre conjoint, et vice versa. Vous avez également la possibilité de reporter le plafond non utilisé d’une année donnée : les plafonds générés en 2025 et avant restent reportables seulement 3 ans (jusqu'en 2028), et les plafonds générés à partir des revenus 2026 bénéficient du report à 5 ans (jusqu'en 2031).
L’objectif n’est pas de viser systématiquement votre plafond de déduction
Ayez bien en tête que maximiser votre plafond de déduction n’est pas un objectif en soi, faites le uniquement quand ces trois conditions sont réunies :
- votre TMI est suffisamment élevé pour que la déduction soit réellement avantageuse
- Vous avez suffisamment de fonds pour vos dépenses quotidiennes et des liquidités à épargner
- Vous n’avez pas d’autre projet pour lequel vous pourriez avoir besoin de liquidités (qui sont bloquées une fois investies dans le PER, sauf cas de déblocage anticipés)
Si votre TMI est faible (11% ou non imposable), verser au maximum du plafond n’a quasiment aucun intérêt fiscal : mieux vaut verser un montant modéré, voire ne pas déduire du tout.
Si votre capacité d’épargne est limitée, il sera plus intéressant pour vous d’effectuer un versement inférieur au plafond mais soutenable sur la durée, plutôt que réaliser un gros effort d’épargne ponctuel qui vous prive de liquidités.
Finalement, le bon montant à verser pour vous est celui qui est cohérent avec votre TMI actuel, votre capacité d’épargne et vos projets immédiats.
Cas des indépendants et TNS (Travailleur Non Salarié)
Votre mode de calcul de plafond est différent de celui des salariés. L’assiette imposable est différente, et c’est votre bénéfice imposable qui est pris en compte dans le calcul plutôt que le salaire.
Versements libres ou versements programmés ?
Au moment de l’ouverture de votre PER, vous pouvez décider d’effectuer librement vos versements, ou de mettre en place des versements programmés (mensuel, trimestriel, annuel) et même les automatiser. Les versements programmés forcent une discipline d’épargne qui vous évite de prendre des décisions d’épargne chaque année : vous pouvez simplement ajuster ou suspendre les versements programmés en fonction de votre situation financière. Le versement libre reste pertinent pour vous si vous préférez décider du montant que vous voulez épargner en fin d’année en fonction de votre revenu imposable réel et de votre plafond de déduction disponible, par exemple si vous avez des revenus variables dans le cas d’un TNS.
Faut-il toujours déduire ses versements ?
Quand vous versez de l’argent sur votre PER, vous avez le choix de déduire ou non ce montant de votre revenu imposable. La déduction n’est ni automatique, ni obligatoire.
Si vous déduisez le versement à l’entrée, il sera fiscalement traité à la sortie comme un revenu, c’est à dire imposé au barème classique pour la part correspondant aux versements, en plus des prélèvements sociaux sur les gains. Si vous choisissez de ne pas déduire, le versement bénéficie d’un régime plus favorable à la sortie, puisque seule la part des gains sera taxée. Retenez que ne pas déduire fait sens si votre TMI actuel est faible ou nul, puisque vous non seulement vous n’avez presque rien à gagner à l’entrée, mais vous êtes aussi désavantagé à la sortie.
Le choix de déduire ou non est le troisième levier d’efficacité que vous devez considérer dans votre stratégie d’épargne PER, avec l’âge d’ouverture et le montant versé. Il n’y a encore une fois pas de réponse universelle : vous devez prendre une décision en considérant votre TMI présent et celui que vous anticipez à la retraite.
Un PER efficace se construit sur mesure et selon des critères multiples, pas seulement sur votre âge
Il n'y a donc pas un « bon âge » pour ouvrir un PER, mais un arbitrage propre à chaque situation entre le temps dont vous disposez pour épargner et le niveau d'imposition qui rend la déduction fiscale plus ou moins intéressante. Le montant versé suit la même logique : viser le plafond n'a de sens que si votre TMI, votre capacité d'épargne et votre tolérance au blocage des fonds s'alignent. Sinon, un versement plus modeste et régulier reste souvent le choix le plus cohérent.
C'est précisément parce que ces paramètres varient d'une personne à l'autre qu'un accompagnement personnalisé fait toute la différence : un conseiller Groupe Hueber Assurances peut vous aider à évaluer où vous en êtes sur ces trois curseurs (âge, montant, choix de déduction) et à ajuster votre stratégie au fil de votre carrière plutôt que de vous fier à un âge ou un chiffre théorique.

